Elle a abandonné ses études, enchaîné les emplois, appris à jongler avec les factures, les coupures d’électricité et les repas étirés sur plusieurs jours. Toujours avec ce même refrain : « Ce n’est que temporaire. » Mais le temporaire est devenu permanent.
Réussir pour deux… sans le comprendre
De son côté, le petit frère s’est accroché aux études comme à une bouée. Les livres étaient un refuge, les bonnes notes une justification. Chaque réussite devenait une preuve que les sacrifices avaient un sens. Peu à peu, une idée dangereuse s’est installée : cette réussite personnelle était la sienne, et uniquement la sienne.
Emma, elle, ne se plaignait jamais. Le soir, malgré l’épuisement, elle aidait à réviser. Le jour où son frère a été accepté à l’université, elle a pleuré de joie.
« Tu vas devenir quelqu’un », avait-elle dit, avec fierté.
Mais à quel prix…
Le moment où tout dérape
Le jour de la remise de diplôme, tout semblait parfait. La toge, les applaudissements, les projets d’avenir prometteurs. Emma était là, discrète, assise au fond, fatiguée mais souriante.
Puis est venu le dîner. L’alcool, l’euphorie, le besoin de se prouver quelque chose. Et cette phrase, lâchée trop fort, trop cruellement :
« Moi, j’ai réussi. Toi, tu as pris la voie facile et tu n’es devenue personne. »
Le silence.
Emma n’a rien dit. Elle s’est levée, a murmuré qu’elle était fière… et est partie.
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